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Est-il raisonnable de visionner la Coupe du Monde sur son lieu de travail ?

Découvrez pourquoi il ne fait pas toujours bon être à la fois employé et fan de football

Les nouvelles technologies et les nouveaux moyens de communication offrent de nouveaux horizons puisqu’il est désormais possible, en quelques clics, d’assister à de grands évènements sportifs en étant confortablement assis devant son écran d’ordinateur. En cette période bénie pour les amateurs de sport, puisque s’ajoutent à la Coupe du monde, le tournoi de Wimbledon et le début du Tour de France, la tentation est grande pour un employé d’assister discrètement aux dribbles endiablés de Messi ou aux coups de pédale ravageurs de Cancellara, plutôt que d’accomplir les tâches que lui a confiées son employeur.

Le phénomène est tel que certaines études indiquent que pour chaque match de football joué durant la Coupe du Monde, l’économie mondiale connaît une perte de plus de 10 milliards de dollars, en supposant que la moitié de la population active des deux pays concernés suive le match ! Manifestement, le lieu de travail est devenu un endroit propice aux amateurs de football.

Est-il pour autant licite pour un employé d’abandonner son travail pour suivre les exploits de son équipe nationale préférée sur son lieu de travail ? A moins que l’employeur ait émis des directives permettant de concilier à la fois le travail et des manifestations sportives, la réponse est négative. En effet, l’une des obligations les plus importantes du travailleur réside dans son devoir de fidélité. Selon l’art. 321a al. 1 du Code des obligations, le travailleur doit exécuter avec soin le travail qui lui est confié et sauvegarder fidèlement les intérêts légitimes de l’employeur.

Il découle notamment de ce devoir que l’employé doit consacrer tout son temps à son employeur durant les heures de travail. Dans cette mesure, l’employé qui assiste à un match de Coupe du Monde depuis son poste de travail enfreint son devoir de fidélité.

En agissant de la sorte, l’employé s’expose à des sanctions. Un licenciement sans préavis serait sans nul doute une mesure disproportionnée puisqu’un tel licenciement, qui constitue une sanction extrême, ne peut être appliqué que si la rupture du lien de confiance entre les parties est si gravement atteint que la poursuite des rapports de travail devient impossible. Par contre, un avertissement semble constituer une mesure proportionnée. Et si l’employé persiste à se comporter comme un supporter sans limite, malgré l’avertissement reçu, il s’expose alors à une résiliation de son contrat de travail moyennant respect du délai de congé, voire, dans les cas les plus graves, à un licenciement avec effet immédiat.

Au regard de ce qui précède, l’employé diligent serait bien inspiré de discuter préalablement avec son employeur des possibles aménagements à mettre en place en vue de concilier les intérêts de chacun, afin d’éviter de se retrouver sévèrement sanctionné. A défaut, il saura se tourner vers JURINEO en vue d’obtenir le conseil avisé d’un avocat partenaire.

En définitive, assister en direct à un match de Coupe du Monde ou à tout autre grand événement sportif n’est pas encore un Droit de l’Homme !

Fiche de l'article
  Auteur
JURINEO
Date de publication
5 juillet 2010
Domaine couvert
Droit du travail

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